Entretien avec Vivienne Cocciarelli, illustratrice

Vivienne, tu es illustratrice. Comment est née ta passion pour le dessin ? 

D’aussi longtemps que je me souvienne je dessine, tout le temps et partout. Ma mère a suivi des études en histoire de l’art et lorsque j’étais petite elle donnait des cours à mes camarades d’école. Je participai souvent mais sans être assidue, je préférais que cela reste un moment de liberté, sans professeur et sans public. J’ai donc attendu d’être adulte pour me former autrement qu’en autodidacte.

Quelles sont tes sources d'inspiration et influences artistiques  ? 

Mes premières inspirations étaient les dessins animés, j’adorais leur expressivité et la magie qu’ils apportaient dans mon imaginaire de petite fille. Je pouvais les revoir en boucle et ensuite redessiner mes personnages préférés.

En grandissant en Italie j’ai également beaucoup été influencée par les peintres de la Renaissance et la beauté des figures féminines. Je me souviens encore de mon émotion la première fois que j’ai vu la Naissance de Vénus de Botticelli à Florence.

Comment définirais-tu ton processus créatif d'illustratrice ?

Je pars souvent de la première idée qui me vient en tête et je cherche en ligne des inspirations pour la réaliser. Souvent cela évolue en cours de route, mais lorsque le concept est plus ou moins figé je commence à dessiner le premier jet au crayon. Ensuite, c’est là où le choix de la technique dépend souvent du ressenti du moment. Je n’ai pas de technique de prédilection, souvent d’ailleurs je dois apprendre la technique que je souhaite utiliser car je considère que c’est elle qui rendra le mieux ma vision ! Il y a donc toujours une part d’apprentissage et c’est ce que je trouve le plus stimulant.

Instaures-tu une routine dans ton travail, ou chaque projet te permet-il de recommencer à zéro ?

Je travaille constamment sur plusieurs projets en parallèles, tout en me formant en continu sur de nouvelles techniques. Généralement, je suis donc inspirée par la technique, le style ou la période sur lesquels je travaille à ce moment-là. Et inversement, mon application des techniques que j’étudie s’inspire souvent de l’univers du projet sur lequel je travaille.

C’est d’ailleurs ce que je trouve fascinant : chaque réalisation n’existe que par une succession de décisions et de coïncidences. Le résultat à quelques semaines près aurait été complètement diffèrent. Aurait-il été meilleur ? Je n’y pense pas, je préfère me dire que les choses arrivent pour une raison, que les gens se croisent car cela devait arriver et que chaque projet devait exister ainsi. Il pourra exister autrement, à l’avenir peut-être, mais ce sera à la suite d’une nouvelle inspiration, une nouvelle interprétation.

Comment t'es-tu emparée de l'univers de Lupo ? As-tu travaillé sur des thématiques qui te sont proches ou as-tu exploré de nouvelles pistes ?

Encore par hasard puisque l’illustration de cet ouvrage est née de notre rencontre, d'un échange sur les réseaux en ligne. Quelques jours après, je découvrais l’univers de Lupo qui me parle tout particulièrement. Il y a plusieurs années, ma mère est tombée amoureuse de la région des Pouilles en Italie, et depuis elle partage avec nous cette passion. J’y passe chaque été plusieurs jours et en quelques pages, j’ai retrouvé et surtout compris l’ambiance que Clara Nubile retranscrivait dans Lupo. J’ai tout de suite eu beaucoup d’idées et d’images en tête pour illustrer les chapitres. J’avais envie d’illustrer ce que je connaissais de cette région magnifique tout en donnant sa place à l’univers plus sombre de l’ouvrage. 

T'es-tu laissée porter par le style d'écriture, ou as-tu choisi de t'attacher à certains détails très précis du texte ?

Je me suis surtout attachée aux lieux, aux odeurs et saveurs décrits dans l’ouvrage. En dehors de l’histoire, je me suis laissée porter par le ressenti des personnages. Souvent, lorsque l’on pense à un endroit, un souvenir, on s’accroche à des images très précises. Ce sont les images qui me venaient en tête que j’ai voulu intégrer au texte.

Peux-tu raconter aux lecteurs comment tu as travaillé pour créer les couvertures ?

Pour les couvertures, Sophie, tu avais une idée bien précise en tête, à la fois pour l’ouvrage mais aussi pour le style général d’Ada Parme. Et pour moi cela représentait un vrai défi : réaliser une couverture classique et impactante qui illustre un récit plutôt moderne, sans fioritures et assez cru. J’ai donc exploré plusieurs techniques avec comme seul fil conducteur la végétation des Pouilles. Malgré plusieurs essais initiaux plutôt satisfaisants, je reprenais sans cesse le sujet sous différentes formes, avec différentes techniques. Le digital que j’avais choisi au début ne me satisfaisait pas. Je suis revenue aux techniques traditionnelles, l’aquarelle, l’acrylique, l’encre…c’était une vraie exploration. Les deux couvertures retenues découlent finalement d'une succession de techniques expérimentales mixtes.

Pour ce texte, comment vois-tu la relation, le dialogue entre images et textes ?

Ici les images étaient plutôt un clin d’œil au texte, les chapitres étaient tellement courts et rythmés, j’ai voulu qu’ils aident le lecteur á s’ancrer dans le récit. Au travers des images je voulais également apporter de la beauté à ce texte parfois dur et sombre.

Propos recueillis par Sophie Royère en novembre 2023

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