Après Io ti attacco nel sangue, les femmes sont une fois de plus les héroïnes de ce roman, Lupo. Comment a pris vie l’histoire de Nunzia et Palmira ?
Leur histoire est née d'une balade que j'ai faite avec mes cousines, au bord de la mer, un jour d’orage. J’étais plongée dans ces couleurs si étrangement nordiques, avec le ciel plombé et menaçant, et le vent qui faisait tourbillonner le sable. Tout ce qui m'était si familier est soudain devenu menaçant. Il y avait une forte sensualité dans ce paysage marin bouleversé. Palmira et Nunzia sont nées sur cette plage du Salento, par un été étrange et orageux. J'ai pensé à deux femmes qui se ressemblent, liées et aussi intenses que certains paysages naturels. Deux femmes qui vivent tout à l'extrême.
L'arrière-plan de cette histoire est un Salento archaïque, dans lequel apparaissent tous les éléments de l'imaginaire populaire : masserie (grandes fermes anciennes), tambourins, pettule (beignets), figues de barbarie, friseddhe (petits pains croustillants), pizzichi (danses du Salento), plages resplendissantes, etc...
Quand j'ai écrit Lupo, j'avais en tête une vieille masseria abandonnée près de mon village, Tuturano. La Masseria Colemi. Une masseria que je voyais depuis mon enfance. J'ai toujours imaginé des fantômes et des histoires d'amour dans ce lieu. Ayant grandi avec les friseddhe et le pettule, avec mes grands-mères qui faisaient du pain à la maison, je suis très attachée aux traditions.
Il y a aussi une pointe de nostalgie dans cette réappropriation de la mémoire…
Le sud archaïque, le sud des contes et des masserie, des vieux tambourins, est un sud mémoriel, mais il fait aussi partie de mes racines. Ce ne sont pas seulement des souvenirs, ce sont des histoires vivantes qui font partie intégrante de moi. Quand je voyage d'un continent à l'autre, d'un océan à l'autre, j'emporte ma valise d'histoires. C’est peut-être une forme de nostalgie. Et l'art est aussi un moyen d'apprivoiser cette "nostalgie".
Écrit dans un rythme souvent brisé et syncopé, le roman relève pourtant d’une prose fortement lyrique.
Le rythme est celui du tambourin, le rythme du sang, le rythme d'un ciel qui vous tombe dessus. Quant au lyrisme, c'est peut-être parce que j'adore la poésie et que j'en ai lu beaucoup. Peut-être parce que, comme beaucoup, j'ai besoin d'injecter une touche de poésie dans le quotidien pour le rendre supportable, regardable, au moins un peu vivable. Le lyrisme est le souffle plus large que prennent certaines histoires. Souvent par hasard.
Propos recueillis par Rossana Astremo, pour le Nuovo Quotidiano di Puglia et traduits par Sophie Royère